18.12.2009
Stratégie gagnante...
Article paru sur le soir.be du 17.12.09:

La stratégie gagnante de Gaia
Le foie gras, le vrai, l’association de défense des animaux en a fait une de ses cibles principales : « Chaque année en Belgique, près de 200.000 canards et oies sont enfermés dans de minuscules cages en batterie dans lesquelles ils ne peuvent même pas se retourner sur eux-mêmes. Ils y sont gavés jusqu’à ce que leur foie atteigne dix fois son volume normal !, s’indigne l’organisation. Cette torture mène à la mort des milliers d’animaux avant même la fin de la période de gavage. Intolérable ! »
Gaia, qui mène ce combat depuis 1993, peut donc se féliciter : son « Faux Gras », un produit non issu du gavage, est vendu en grande distribution ! L’association a fêté l’événement comme il se doit, mercredi, au magasin Carrefour de Tervuren, accompagné de trois fausses étoiles hollywoodiennes, venues renforcer le message : Marilyn Monroe, Elvis Presley et Arnold Schwarzenegger.
Faux cils, faux col et fausse fourrure, les stars se sont inscrites « en faux contre la souffrance des oiseaux gavés ». Les clients du magasin ont pu découvrir et goûter le produit. Qui fait un tabac : un an après son lancement, la production du « Faux Gras » a déjà été multipliée par dix, passant de 3.000 à plus de 30.000 boîtes en période festive.
Pour Michel Vandenbosch, président de Gaia, ce n’est pas anodin : « L’arrivée d’une alternative festive et éthique à côté de produits standards issus du gavage illustre à quel point le bien-être animal est au cœur des attentes citoyennes et ne se résume pas à de simples déclarations d’intentions. Le gavage pose un problème de conscience. Avec ce “Faux Gras”, les fêtes gardent leur saveur. Et les animaux en profitent aussi. »
Des fous furieux devenus faiseurs de lois
Au début, il y a 17 ans, les membres de l’association étaient perçus comme une bande de fous furieux, aux revendications souvent extrémistes voire incompréhensibles, guerroyant en vain. Aujourd’hui, leurs actions, toujours percutantes, font mouche : leurs chevaux de bataille d’antan mènent de plus en plus à lois et règlements. Gaia compte. Comment a-t-elle acquis ce statut d’acteur incontournable ?
Une explication pourrait être l’engouement suscité. En révélant des images chocs de la souffrance animale et en se présentant comme le défenseur des plus faibles, Gaia a attiré la sympathie d’un large public. Qui finance encore et toujours l’organisation, qui ne vit que de dons.
Mais pour Michel Vandenbosch, son président, la cause de ce changement est ailleurs. Il s’agirait plutôt d’une lente évolution de la stratégie de l’organisation : « Notre stratégie, depuis le début, est de confronter le public à certaines images, à certaines réalités. Nous choquons parfois les gens. Et en réaction au problème mis à nu par ces images, nous passons à l’action. Sans violence. Nous voulons éradiquer la violence contre les animaux, alors ce n’est pas en en usant qu’on y arrivera… Mais les actions peuvent être osées, comme la fois où nous sommes entrés avec un camion dans une entreprise d’abattage de volailles. Au lieu des poules, ce sont nos activistes qui sont sortis du camion et qui se sont attachés à la chaîne d’abattage. Les premières années, ça s’arrêtait là. Nous ne faisions que dénoncer. »
Au fil des ans, le modus operandi a changé : « Aujourd’hui, nous dénonçons toujours – comme le prouvent ces images montrées en novembre pour dénoncer l’abattage de bétail sans anesthésie – mais nous ajoutons la proposition de solutions et le dialogue. Souvent même, ce sont les entreprises qui nous posent des questions, au préalable. Il ne faut alors même plus de confrontation. »
Gaia a donc choisi de dialoguer et d’apporter des solutions alternatives. « L’essentiel, c’est d’obtenir des résultats durables, poursuit Michel Vandenbosch. Vous savez, il y a deux possibilités quand on gagne : soit on abat son adversaire, soit on se comporte en grand seigneur et la situation change pour les deux adversaires. Nous prônons le win-win : personne ne doit perdre la face. »
Bref, des consensus à la belge. Comme l’a montré l’un des premiers grands combats de Gaia. Nous sommes en 1995, les courses de chevaux de Waregem sont à la mode. Mais « chaque course était atroce. Les chevaux se cassaient un membre, voire le cou. Le camion d’abattage était présent à la course. Nous avons dénoncé ces pratiques, que l’organisation des courses cachait. On disait toujours que tous les chevaux étaient rentrés à bon port. C’était faux. » Quelques semaines plus tard, Gaia réussit à convaincre l’un des plus grands sponsors de la course de se retirer. « C’est alors que l’organisation des courses nous a demandé ce qu’on voulait, et le dialogue s’est installé. » Aujourd’hui, les courses sont toujours organisées mais selon certains critères, définis par Gaia. « On a retiré les obstacles dangereux, il y a moins de chevaux au départ, il n’y a plus d’abattage, il est remplacé par un vétérinaire accrédité. »
Et Michel Vandenbosch ajoute : « Avant, je pense qu’on était plus rigides. Aujourd’hui, si nous remarquons un changement pertinent, une amélioration significative pour un grand nombre d’animaux, nous sommes contents. Evidemment, il y a des limites à ne pas franchir. Une frontière sur laquelle je ne discuterai jamais. »
Au fil des années pourtant, une chose n’a pas changé : Gaia utilise toujours l’image comme arme.
« C’est notre méthode, atteste le président. Je pense que nous avons accompli tout cela parce que nous avons énormément de bénévoles. Que nous avons de bons contacts et que nous arrivons à détecter assez rapidement ce qui se passe sur le terrain. Parfois, des anonymes nous envoient des lettres pour dénoncer des pratiques. Quand il nous en arrive plusieurs, de coins différents du pays et qu’elles disent toutes la même chose, nous allons fouiller. Et, si possible, tourner des images, confronter, dialoguer, proposer une alternative. »
Gaia a grandi, c’est sûr : l’association s’est organisée, tire des leçons de ses erreurs et est dévouée à sa cause. La clé de son succès.
Trois victoires
Alors que les actions de Gaia pour protéger les oies et les canards sont à leur apogée, le conseil européen prépare une recommandation qui vise à interdire le gavage et l’élevage en batterie. L’Europe prônera ainsi plusieurs critères à remplir : les oiseaux devront pouvoir bouger et se retourner, voir leurs compères et devront avoir l’occasion de se comporter naturellement.
Abattage
Autre combat que Gaia a mené et gagné : seuls les abattages d’animaux avec étourdissement sont désormais permis à domicile. L’association explique qu’un animal étourdi souffre moins ou presque pas pendant l’abattage. Plusieurs lois belges réglementent l’abattage pour usage privé. Ces lois répondent aux termes d’une directive européenne.
Chats harets
L’un des combats récents de Gaia : l’arrêt de la chasse aux chats harets (chats domestiques redevenus sauvages). En Wallonie, l’arrêté d’ouverture de la chasse sera revu en 2011. Gaia a donc saisi l’opportunité et a été concerté par le ministre compétent, Benoît Lutgen. Ce dernier a commandé une étude dans le but de chiffrer la problématique des chats. Quand celle-ci sera prête, l’arrêté sera revu. Gaia, ici aussi, a su mettre sa thématique au-devant de la scène politique."
VANSTALLEN, Julie
Petite question: Qui parmi vous a déjà testé le "faux gras"? et alors quel est le verdict? :)
09:04 Écrit par Anna Dukes dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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